Sectes dans la Brèche

Le relâchement des principes de laïcité : cheval de Troie des sectes

  • Le relâchement des principes de laïcité : cheval de Troie des sectes

Après les déclarations prêtées à tort ou raison à Emmanuelle Mignon, la directrice de cabinet de l’Elysée, minimisant les dangers des sectes et de la scientologie en particulier et celles critiquant l’action de la MIVILUDES (1) et les diverses déclarations officielles contradictoires entendues ces dernières semaines, le GEMPPI (2) attend avec attention la suite des évènements, en particulier concernant les réformes envisagées sur la loi de 1905 de séparation de l’Etat et des églises. Si, le Président de la république a mis fin récemment aux rumeurs de suppression de la MIVILUDES (1) qui est le fer de lance de la protection des citoyens contre les dérives sectaires, des sujets d’inquiétude subsistent.

Il faut l’admettre, sous la pression des sectes, des « calotinismes » et intégrismes la laïcité recule en France et c’est une brèche dans laquelle les sectes sont en train de s’engouffrer. Par exemple, dans les hôpitaux, les médecins subissent les pressions et menaces de procès de sectes qui incitent leurs adeptes à refuser des soins vitaux, des extrémistes islamiques refusent que leurs femmes soient auscultées par des médecins hommes et agressent le personnel soignant (3), etc. Dans les entreprises, les sectes s’infiltrent au travers de la formation (4) et les extrémismes religieux exercent des pressions sur les patrons et salariés. Pour couronner le tout l’introduction, il y a quelques années, de l’enseignement du « fait religieux » à l’école abouti finalement à présenter les religions de manière à acheter la paix sociale, au mépris des réalités historiques. En 2006, un rapport fait à la demande de Nicolas Sarkozy, alors Ministre de l’Intérieur, préconisait le financement public des lieux de culte et le bureau central des cultes qui en dépendait accordait systématiquement le bénéfice des dispositions fiscales (loi 1905) aux associations cultuelles des témoins de Jéhovah.

Sectes « reconnues » ?

Autant dire que si d’autres sectes demandaient cette « reconnaissance » qui ne porte pas son nom, il serait impossible à la France de les rejeter au risque d’être condamnée devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Ainsi, nous nous préparons gentiment à rejoindre l’Espagne qui vient de reconnaître l’Eglise de Scientologie comme religion. Plus récemment, confirmant cette orientation, Nicolas Sarkozy, maintenant président de la République, prépare une révision de la loi de 1905 qui selon sa directrice de cabinet à l’Elysée Emmanuelle Mignon, se fera « notamment en élargissant la notion d’association cultuelle ». Selon certains commentateurs (5), « les congrégations religieuses ne seraient pas les seules concernées par ce toilettage ». Les Témoins de Jéhovah ou l’Eglise de Scientologie pourraient obtenir les nouveaux avantages et ainsi « bénéficier de la bénédiction de l’Etat ».

Ce qui nous pend au nez ?

Les relations Etat-Religion ainsi américanisées feront qu’à terme tout ce qui se proclamera « Religion » bénéficiera d’un statut d’exception, interdisant la critique, sous peine de poursuites pour incitation à la haine religieuse et il nous faudra payer de nos deniers publics pour subventionner ces « Religions ». Lorsque nous voudrons protéger nos enfants de l’endoctrinement, des refus de soins ou des mauvais traitements d’un ex conjoint adepte d’une secte, les tribunaux jugerons nos arguments comme sectaires et irrecevables car il s’agira de préserver la liberté de penser et de pratiquer une « religion » et de  l’inculquer à ses enfants, peut-être validerons nous des médecines charlatanesques ou non validées comme aux USA (la Kinésiologie se trouve dans des cursus universitaires), alors qu’elles infiltrent déjà nos hôpitaux publics, de même que certaines sectes et intégrismes… Nous ne pourrons plus opposer le contre pouvoir de l’esprit, du débat car nous serons poursuivis en diffamation (c’est déjà le cas en ce qui nous concerne au GEMPPI) ou pour incitation à la haine de quoi que ce soit… L’école publique pareillement soumise à cette dictature rampante, dans le soucis de la paix sociale et le respect prioritaire des croyances y compris les plus aberrantes et liberticides, abandonnera l’étude de la science et sera contrainte de parler des « religions » anciennes et nouvelles non pas selon une approche historique et factuelle, mais dans la soumission à ce néo cléricalisme…

Délit de blasphème

Il s’est même trouvé récemment un député UMP pour demander le rétablissement du délit de blasphème, abrogé depuis le révolution française… Et nous ne parlons pas du reste. Les premiers effets de ces changements dans la lutte anti-sectes se font sentir. Plusieurs associations comme la notre en France nous ont avertis qu’elles ne sont plus invitées à participer aux cellules de vigilance préfectorales contre les dérives sectaires qui dorénavant ne concernent plus que les services de l’Etat. Mais sur quels éléments vont-ils travailler ces services ? Ce sont les associations qui reçoivent plus de 80 % des plaintes! Pour ce qui est de notre région, le préfet ne s’est pas encore décidé à inviter ou non le GEMPPI, tout le monde attend les directives d’en haut.

Didier Pachoud, président du GEMPPI, avril 2008  (transmis par www.ufal.fr – midi(o)ufal.fr)

  • article paru dans le mensuel Le Ravi n° 52,mai 2008

  • (mis à jour, 3.4.12 ; mis en ligne, 3.4.12)

(1)    MIVILUDES, Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires

(2)    GEMPPI (Groupe d’Etude des Mouvements de Pensée en vue de la Protection de l’Individu)
Cité des Associations  93, La Canebière  13001 Marseille
Permanence tous les mardis de 18 à 19h, tél. 04 91 08 72 22 – gemppi@wanadoo.fr – www.gemppi.org

(3)    Le Point 6.4.06

(4)    Voir « L’entreprise face au risque sectaire » publié cette année par la MIVILUDES,
voir aussi un rapport faisant ressortir la poussée islamiste dans les entreprises (AFP 11.10.05)

(5)    Le Nouvel Observateur 23.1.08