Discours : La Laïcité, les Femmes et le Travail

« La Laïcité, les Femmes et le Travail », une question « laïque et sociale » pourraient dire à la fois Jean Jaurès… et des associations laïques et sociales. Défense des services publics, des services sociaux, de la santé, des services de la petite enfance, de l’école, etc.

29.10.10, Fos-sur-mer, Observatoire de la Laïcité de Provence et du Pays d’Istres (OLPPI)

Mesdames, Messieurs, chers laïques,

Cette intervention est plus une petite introduction à un débat qu’un exposé savant.

Je m’appelle Philippe Isnard, je préside « Laïcité l’Observatoire Permanent » de Provence-Alpes-Côte d’Azur, j’anime LAÏQUES & UFAL, qui regroupe des laïques, des rationalistes,  des libres-penseurs et des familles laïques de PACA, et je gère le site internet Laïcité Midi, www.laicite.biz

Depuis 20 ans que j’anime des associations laïques, je pense que Laïcité & Féminisme sont étroitement liés et mes amies du Collectif 13 Droits des Femmes ne me démentiront pas.
Mais ce n’a pas toujours été le cas. Car les figures des débuts du mouvement laïque n’étaient pas préoccupées par l’égalité homme-femme. Nos ancêtres Radicaux ont empêché pendant longtemps les femmes de voter en France. Un droit acquis seulement à la Libération en France alors que la Turquie laïque mais autoritaire d’Attaturc l’accordait au début du XXe siècle.

« La Laïcité, les Femmes et le Travail », une question « laïque et sociale » pourraient dire à la fois Jean Jaurès… et des associations laïques et sociales. Défense des services publics, des services sociaux, de la santé, des services de la petite enfance, de l’école, etc. Tous ces moyens qui permettent aux citoyens de pouvoir vivre-ensemble et de travailler, puis ensuite, de se libérer du travail par une retraite méritée. N’en déplaise aux ultra-libéraux et au petit président, celui qui se prend pour Napoléon IV et utilise le Vatican pour justifier ses errements. Mais laissons la question politique pour la question sociale, aujourd’hui très chargée. La contre-réforme du régime de retraite s’attaque au droit à la retraite prématurée des femmes ayant élevé trois enfants et plus, sans parler des carrières gênées par les maternités. Voilà des questions concrètes et d’actualité sur le thème « Femmes et Travail ».

Questionnons le thème « La Laïcité, les Femmes et le Travail » en abordant chacun de ses thèmes.

La Laïcité est une liberté pour les femmes et les hommes. La séparation des Eglises et de l’Etat de la loi de 1905 a rendu leur liberté tant aux religions qu’à l’Etat. La croyance ou la philosophie sont devenues une affaire privée qui concerne l’intime de chaque citoyen. La Laïcité c’est la neutralité de l’Etat en matière spirituelle. Un Etat qui n’est ni religieux, ni athée mais neutre. La laïcité n’est pas antireligieuse (ce combat contre la croyance) mais elle peut être anticléricale (cette opposition aux institutions religieuses qui veulent imposer leurs dogmes et morale à l’ensemble des citoyens, et-ou qui mélangent politique et religion). La laïcité est attaquée, par des religieux, mais aussi par des représentants de droite comme de gauche, qui veulent construire des lieux de culte avec de l’argent public (M. Sarkozy et le socialiste Manuel Valls), des élus qui créent ou aident des structures communautaristes et clientélistes comme Marseille Espérance (mais aussi dans les Alpes-Maritimes, à Manosque, à Aubagne…). Reconnaissant des communautés, ils en oublient les individualités des citoyens. Aujourd’hui, on finance publiquement la fête de l’Aïd à Marseille, le Conseil du Culte Musulman à Marseille, le nouvel an chinois à Paris, des processions, des croix et oratoires à St-Victoret, demain sera-t-il le tour de financer la fête du carême chrétien ? La religion n’est pas un service public dit l’universitaire Henri Pena-Ruiz, l’Etat doit s’occuper du social et non de la croyance ou de la philosophie, qui sont des affaires privées.

Les Femmes, peut être encore plus que les hommes ont intérêt à vivre en régime laïque, républicain et social qui reconnaît l’égalité homme-femme, qui fait de chaque individu un citoyen et ne le réduit pas à être un membre d’une communauté soumis aux dogmes de celle-ci. La République laïque et sociale permet à chaque citoyen d’exprimer son identité individuelle (libre à chacun d’appartenir à une ou plusieurs communautés, mais c’est un choix privé). Chaque individu est l’égal en droits et devoirs de chaque autre citoyen, quel que soit son sexe, son origine sociale, sa culture, son ethnie d’origine. Dans le monde, des femmes et des hommes se battent, au Maghreb, en Orient, en Pologne, sur les continents américains, et sur tous les continents pour que l’ordre moral des dogmes religieux ne soit pas imposé à l’ensemble de la société : voile obligatoire, non-égalité homme-femme, interdiction de l’avortement… Les réseaux internet fourmillent de groupes laïques francophones, formels et informels, de tous les pays (l’île Maurice, l’Europe, le Maghreb, le Moyen-Orient…). L’église catholique résiste toujours tant à la mixité des prêtres qu’aux unions officielles de ceux-ci. Et la résistance à la mixité est similaire dans le judaïsme et l’islam. Les violences que subissent les femmes (violences psychologiques, coups, viols…) sont toujours bien présentes. Un féminisme entre guillemets se développe, le féminisme religieux « islamique » en Espagne (quotidien la Croix du 25 oct. 2010), en France, à l’Unesco. Il est soutenu par des groupes gauchistes, mais aussi par la commission Islam et Laïcité commune à la Ligue de l’Enseignement et à la Ligue des Droits de l’Homme (je parle des instances parisiennes, j’appartiens moi-même à la Ligue de l’Enseignement). On n’a jamais parlé de féminisme chrétien ! Et à l’ONU islamistes et chrétiens fondamentalistes oeuvrent contre les libertés des femmes et des hommes, comme l’a démontré l’ethnologue marseillaise Jeanne Favret-Saada. Pendant ce temps-là des groupes chrétiens laïques très minoritaires, la revue Golias, l’Observatoire Chrétien de la Laïcité prônent comme nous une laïcité stricto-senso, celle décrite par le philosophe Henri Pena-Ruiz ! C’est quand même bien différent de la laïcité dite ouverte ou inclusive de M. Baubérot qui nous propose des accomodements dits raisonnables à la canadienne, alors que les québécois et canadiens viennent en France et en Europe chercher du soutien contre la charia (Oma Arjoman l’avocate irano-canadienne à Marseille).

Le Travail. Le travail pour les femmes c’est l’indépendance économique, c’est pouvoir ne pas dépendre d’un homme et s’en séparer si besoin est. L’égalité homme-femme au travail est encore loin d’être une réalité concrète : les salaires sont encore très inégaux, les postes du haut de la hiérarchie sont encore peu mixtes. Les facilités pour la maternité, pour la garde d’enfant, le partage des taches ménagères et de l’éducation des enfants, l’accès mixte à la représentation politique… sont encore bien déficients. Et ce ne sont pas les quotas de la parité qui ont corrigé ces disparités. L’accès libre au travail pour les femmes a été à la fois un combat social et un combat moral contre les traditions patriarcales, machistes, de l’ordre moral des religions, certes, mais également des sociétés masculines non religieuses. L’Union Européenne a imposé le travail de nuit aux femmes, au nom de l’égalité ! Si la natalité se porte bien en France c’est que la garde d’enfants est bien meilleure que dans bien d’autres pays (Allemagne en particulier). Et pourtant tant à Marseille, qu’à Paris, en ville comme à la campagne faire garder ses jeunes enfants est une gageure pour les parents, pour les femmes en particulier. Et pour les retraites, et leur réforme aujourd’hui décriée dans les rues c’est la non-reconnaissance de la parenthèse de la maternité. Toutes les femmes ne peuvent pas s’arrêter de travailler aussi peu que Mme Rachida Dati : elles n’ont pas toutes la possibilité financière d’embaucher des employés de maison !

Pour conclure sur La Laïcité, les Femmes et le Travail.
Il nous faut laïciser nos élus car ceux-ci confondent souvent pluralisme religieux et neutralité laïque, par ignorance, et-ou par soucis de faire plaisir à tout le monde. Revenons aux principes de neutralité : assez de processions qui reviennent sur fonds publics, d’oratoires et de croix illégales (comme à St-Victoret), d’organismes cultuels financés par la République.

Place aux Marianne et autres monuments républicains qui rassemblent tous les citoyens quelle que soit leur croyance. Protégeons notre patrimoine laïque, créons des rues de la laïcité comme à Digne, à Arles. Tous ces symboles sont importants non seulement pour vivre ensemble, mais pour faire quelque chose ensemble, ce qui est l’idée républicaine de la nation fraternelle.

L’égalité homme-femme passe par la laïcité pour la libération de l’ordre moral dogmatique des religions, par la mise à mal des patriarcats qui ne sont pas uniquement religieux. L’égalité homme-femme est aussi tributaire de la condition sociale des femmes qui peut nettement aggraver l’inégalité. Rassemblons ce qui est épars pour une République laïque et sociale vraiment universelle et une égalité réelle homme-femme.