Evêque, Blasphème, Avignon

Festival de théâtre : l’affiche d’un singe crucifié choque un censeur de Vaucluse

  « L’évêque d’Avignon (84) et le blasphème

Faut-il brider la création artistique et empêcher les artistes de dire quelque chose de leur foi, ou simplement de leur recherche, dans la mesure où certaines âmes pieuses trop sensibles y voient un blasphème ? Le débat est à nouveau ouvert suite à la réaction indignée de l’archevêque d’Avignon, Mgr Jean-Pierre Cattenoz au sujet d’une affiche, il est vrai « dérangeante », de Michel Lebert.

Annonçant son spectacle, elle représente un singe crucifié. L’artiste reconnaît d’ailleurs sa maladresse : « Ce spectacle tragique met en scène deux sœurs. L’une d’entre elles est folle et sacrifie des singes. Sa démence la conduira à sacrifier aussi sa propre sœur. Cette œuvre écrite en 1969 parle de la maladie et de la religion. Elle évoque certaines valeurs chrétiennes. Pour l’affiche, on cherchait une image forte pour se distinguer (…) Je n’ai jamais voulu insulter la religion en faisant ce collage à la manière surréaliste en m’appuyant sur le Christ de Dali. » L’archevêque du Vaucluse ne l’a cependant pas entendu de cette oreille. Connu pour son sens très particulier des nuances et de l’ouverture, ce prélat fougueux, fort peu apprécié dans son diocèse (doux euphémisme), est reparti au front de façon agressive et inopportune dénonçant un sacrilège.

Il s’était déjà illustré dans le passé en critiquant ouvertement deux de ses confrères dans l’épiscopat, Mgr Albert Rouet, archevêque de Poitiers, et Mgr Gilbert Louis, évêque de Châlons-en-Champagne qui avaient appuyé le livre l’église et l’art d’avant-garde avec des représentations sans doute très inhabituelles !

C’est la liberté d’interpeller et de faire réfléchir qui se trouve aujourd’hui en danger, même si l’affiche incriminée était, il est vrai, d’un goût douteux. On sait où la censure et l’auto-censure commencent ; nul ne sait où elles s’arrêteront.