Cérémonie militaro-religieuse au Pic de Bure (05)

Le 15 juin 2000, le 4e régiment de chasseurs, aux ordres du colonel de Langlois, a érigé au sommet du pic de Bure (2700 m) une croix monumentale qui a été d’ailleurs fabriquée, selon un article du quotidien local Le Dauphiné Libéré,  par le personnel de l’Institut d’Astronomie du plateau d’Aurouze.

Au cours de ce même rassemblement, les ecclésiastiques présents ont béni cette croix ainsi que les piolets du régiment. Cette croix a été érigée sur domaine public, à la jonction du territoire de trois communes, La Roche-des-Arnauds, Montmaur et Saint-Etienne-en-Dévoluy.

Plusieurs citoyens laïques des Hautes-Alpes, choqués par cette violation manifeste de la loi de 1905 (1), ont alerté les services publics, de la préfecture au ministère de l’Intérieur. Il leur a d’abord été difficile de savoir qui avait pris la responsabilité de cette opération militaro-religieuse, chacun renvoyant la responsabilité sur autrui. Le maire de Montmaur, concerné, n’a même pas été averti de la cérémonie, alors qu’elle s’est passée en partie sur sa commune. Il semblerait que l’initiative vienne finalement du maire de Saint-Etienne en Dévoluy, qui n’a pas répondu la lettre (recommandée avec AR) qui l’interrogeait à ce propos.

Les réponses des autorités de la République sont édifiantes. Le préfet des Hautes-Alpes, à qui une vérification de légalité était demandée, a conclu que dans la mesure où la préfecture n’avait pas été « destinataire d’actes administratifs relevant du contrôle de légalité », « il n’avait pas l’intention de soulever d’action contentieuse ». Le ministère de la Défense se retranche derrière une « ancienne tradition », celle de la fête de saint Bernard, et met en avant « les relations que l’armée entretient régulièrement et normalement avec la nation, mais aussi la solidarité montagnarde, empreinte de respect, d’abnégation et de camaraderie ».

« Tradition » Contre Laïcité

Enfin pour conclure, le ministère de l’Intérieur et des Cultes interprète cette croix non comme religieuse, mais comme « culturelle ». Il affirme : « Il semble à partir des informations qui m’ont été transmises, que cette croix est considérée par la population plutôt comme un élément du patrimoine montagnard traditionnel que comme un insigne religieux. » En conclusion, il est clair que les autorités refusent d’intervenir et mettent en avant « la culture et les traditions » contre le respect de la loi et du principe de laïcité, fondateur de notre République. Cet air désormais connu : tradition contre laïcité, avait déjà été entonné dans l’affaire du foulard islamique ; cette affaire révèle qu’il n’est plus désormais le refrain des communautaristes, mais le credo du ministre de l’Intérieur, le premier désormais à mettre une croix sur la loi qu’il est chargé de faire respecter.

S’ajoutent trois remarques

La première, que cette croix porte une plaque : « aux morts du massif d’Aurouze », sans respecter la religion ou l’absence de religion de ces victimes. Or, parmi les victimes (particulièrement celles de l’accident de téléphérique), beaucoup n’étaient pas catholiques, au point que le mémorial officiel qui leur est dédié est volontairement sans référence religieuse.

La seconde, que l’évêque de Gap, qui n’a pu ignorer l’opération s’il ne l’a pas instigué, est notoirement connu comme intégriste acharné, mis en cause par la revue Golias par exemple et par des paroissiens

Troisième remarque, c’est que cette région des Alpes est célèbre par les hérésies qui se sont succédées, Vaudois au Moyen Age, Protestants pendant la Réforme. L’Eglise catholique a élevé des bûchers au Moyen Age et la répression contre les Huguenots est célèbre pour sa férocité. Enfin le canton de Veynes, un des trois cantons mitoyens au Pic de Bure, canton rouge et ouvrier dès la fin du XIXe siècle, est notoirement connu dans l’histoire contemporaine par l’irréligion et l’anti-cléricalisme d’une bonne partie de ses habitants. Ceci pour la coutume et les traditions.

Voilà donc comment les autorités religieuses, militaires et civiles, au nom des
coutumes, ignorent l’histoire, la trafiquent et méprisent la loi pour complaire à l’Église.

Chr. Rx et « Laïcité & Libre Pensée »


Nous invitons les laïques, des Hautes-Alpes et d’ailleurs, à écrire aux autorités (Préfet des HA, rue St Arey 05000 Gap ; Ministères : Intérieur, Défense) et d’envoyer une copie à LAÏQUES –  Laïcité & Libre Pensée 04-05 (1848(a)laicite.fr et 05(a)laicite.fr)


création, 2000, texte repris le 31.5.04, puis re-publié le 23.8.17 dans Respublica.