Bruno Étienne, Laïcophobe

« j’affirme que la laïcité à la française est à l’origine d’un racisme à la française »

Marseille, gare St-Charles 2.7.13 (c) PhI

Régionaliste, très anti-jacobin, il donne des leçons à beaucoup de monde (aux laïques, aux francs-maçons, aux politiques… ) avec une arrogance « soixante-huitarde » à la Kouchner ! L’une de ses expressions favorites est : « césaro-papisme » à laquelle il rajoute parfois « laïque ». Sa manière d’intervenir est plus proche de l’excès militant que de la rigueur universitaire (voir des extraits ci-dessous). [mise à jour partielle, 11.6.14]

Quelques livres

  • Les problèmes juridiques des minorités européennes du Maghreb, éd. CNRS 1968
  • Algérie, cultures et révolution, éd. le Seuil 1976
  • L’islamisme radical, éd. Hachette 1987
  • La France et l’islam, éd. Hachette 5.89, 321 pp. 118 F. ISBN 2-01-014409-0 (livre dédié à plusieurs personnes, dont Jocelyne Césari) Multi-Mediathèques Laïq

La France et l’islam (extraits)

p. 213, ‘‘Le voile qui protège la femme devient un rideau qui écarte la femme. Le port du voile par la femme musulmane est conçu – le texte coranique lui-meme le précise – comme le signe distinctif qui la désigne en tant que musulmane afin « qu’elle soit reconnue et qu’elle ne soit point offensée ». C’est bien ainsi que les militantes islamistes le portent comme valorisation, voire comme une réponse a la stimatisation, au fond comme une sorte d’étoile jaune à l’adresse de la société d’accueil. »
p. 218, « La société francaise est en effet très ambigüe : elle est à la fois catholique, grossièrement, laïque, parfois laïcarde, et méprise tous les autres cultes qu’elle assimile avec une facilité déconcertante à des sectes. »

p. 218, Bruno Etienne s’en prend aux « instituteurs, travailleurs sociaux, membres de la LICRA et des Droits de l’Homme, ou de la Ligue de l’Enseignement et des parents d’élèves, etc. »

Dans ce même livre, il traite de manière légère l’excision.

la suite est directement composé de l’article de Jean Bastien Urfels, président du Comité Laïcité République d’Aix-en-Provence (alors étudiant à Aix), publié sur laicite-republique.com, en octobre 2013.

rue de la laïcité

Bruno Étienne, un Gourou Différentialiste ?

 

Dans une (…) interview (le 7 juillet 2003) parue sur le site du MRAP [1] , Bruno Étienne revenait sur son ouvrage : « Une grenade entrouverte ».

Interrogé sur son « essai d’anthropologie complémentariste », l’auteur y est d’abord invité à mettre en relation les manifestations du « racisme anti-arabe et anti-musulman » avec le passé colonial de la France.

Ce thème peut paraître à présent éculé, tant il a servi d’axiome aux colporteurs du mythe de la « France moisie » ou de la « République totalitaire ». Force est de constater qu’il trouve une nouvelle vigueur dans la bouche de l’ intelliconoclaste de service.

On peut lire, en effet : « L’échec de la France en Algérie est insupportable pour les laïcs qui préfèrent penser que les Arabes sont incapables de s’adapter à NOS valeurs. Là est l’échec de la République. »

On touche au péché originel des républicains. L’échec de l’intégration de l’Islam en France est donc dû au retour du refoulé ; ce sont les laïcards, qui n’ayant pu soumettre les indigènes, investiraient leurs rancoeurs colonialistes dans le rejet des immigrés de confession musulmane.

Faisons donc fi de l’opposition au colonialisme manifestée par d’immenses figures du républicanisme et du militantisme laïque : Clémenceau n’est sans doute qu’un détail [2] ! Sa condamnation véhémente de la politique de Jules Ferry, au nom des principes républicains, n’est qu’une curiosité historique pour M. Étienne. Au même titre que les efforts de Mendès-France ou de De Gaulle pour gérer dignement l’inévitable décolonisation.

Simplifions, épurons de toute nuance, nions la réalité pour aboutir à l’évidence :

Laïcité = Algérie française
= Racisme « anti-arabe »
ou « anti-musulman »

Pour surprenante qu’elle soit, cette entrée en matière n’est qu’un échauffement. En artificier du terrorisme intellectuel, « Bruno la science » surenchérit :

« Je ne pense pas, j’affirme que la laïcité à la française est à l’origine d’un racisme à la française car le laïc militant ne supporta aucune solidarité infra-étatique et nationale et donc dénonce le danger de l’Autre différentialiste, avec quelques bémols pour les juifs car la France a des états d’âmes sur ce plan pour des raisons historiques […]. »
On touche là au cœur du problème, encore une fois aisément résumable (que c’est beau, la simplicité !) :

Laïcité = Xénophobie,
car Laïcité = Nationalisme

Saluons à présent, au-delà du courage évident dont fait preuve M. Étienne – qui va jusqu’à braver d’éventuelles accusations d’antisémitisme –, sa profonde clairvoyance.

Apôtre de la différence, il voit ce que tous occultent, il dénonce ce que tous dissimulent : la « bête immonde » est tapie dans l’ombre de la laïcité « à la française » (qui n’est bien sûr totalitaire que parce qu’elle est « française », la nation étant tyrannique par nature : CQFD).

Que nous propose Bruno Étienne ?

De considérer les causes profondes du malaise qui anime le débat sur la place de l’Islam dans la République. Et là où certains s’évertuent à penser la complexité, il tranche dans le vif. En deux coups de cuillère à pot, au prix d’une malhonnêteté évidente – puisqu’il ne peut s’agir d’ignorance –, il présente les protagonistes :

– d’un côté, les persécutés « musulmans », ou « arabes », les deux termes étant équivalents, (il n’existe, comme chacun le sait, aucun maghrébin athée ou agnostique) ;

– de l’autre, les « nationaux-républicains », dont l’universalisme sert de paravent à une politique de répression des différences.

La boucle est bouclée : deux « communautés » qui ne peuvent coexister, puisque l’une, hégémonique et tyrannique, aspire à martyriser l’autre… C’est très précisément cela que rejette le principe de laïcité.

Là où le différentialiste crie à l’oppression d’un groupe, le républicain recherche l’émancipation de l’individu. La République ne nie pas la différence ; elle refuse de voir l’homme assujetti, aliéné.

Elle ne s’oppose ni aux convictions, ni à la culture de l’individu ; elle combat, comme nous le rappelle Claude Nicolet, l’ « ultramontanisme » :

« Les vraies difficultés commencent […] avec ce que l’on peut appeler l’ultramontanisme. Ce n’est pas Dieu ou la doctrine marxiste qui font difficulté : la République se situe ailleurs. Ce qui fait difficulté, c’est précisément le moment où la République se trouve en présence d’organisations qui prétendent ôter à leurs adhérents une part plus ou moins considérable de leur liberté individuelle, de leur liberté d’appréciation. Un républicain français peut en somme penser ce qu’il veut, pourvu qu’il pense par lui-même. […]. Si elle garantit donc à ses adversaires non seulement leur existence physique, mais leurs droits imprescriptibles de citoyens, elle ne peut cependant admettre dans la communion spirituelle des « républicains » ceux qui ont fait acte d’allégeance ailleurs. [3] »

La République laïque, n’en déplaise au dogme clérico-masochiste de M. Étienne, n’est pas l’ennemie de l’Islam. Elle respecte les individus qui, se reconnaissant dans cette religion, la vivent librement, en conformité avec les principes et les lois républicains.

En revanche, elle refuse toute vision ultramontaine de la religion et de la politique, toute allégeance – et donc soumission aveugle – à une puissance ou une autorité concurrente du peuple souverain.

Comme l’immense majorité des monarchistes, des catholiques ou des marxistes au cours des deux siècles derniers, nul doute que l’ensemble des musulmans français aura prochainement fait corps avec la République laïque et sociale… À condition de ne pas accorder trop de crédit aux gesticulations différentialistes.

 


Liens annexes :

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