A Marseille, l’hôpital se moque de la laïcité

Sauf a être fidèle pratiquant d’une des trois religions dites du Livre (musulman, juif ou chrétien) évitez donc de mourir au CHU marseillais de la Timone. Le dépositoire n’est pas fait pour vous. Histoire – triste – vécue, des obsèques d’une militante agnostique.

Lettre

Elle était d’origine juive, née en Egypte. Très vite, elle avait compris que dans son monde, la femme n’était pas l’égale de l’homme. Venue en France, elle avait espéré des lendemains qui chantent et compris que Dieu n’y avait pas sa place. Pour elle, la religion c’était l’opium du peuple. Et elle voulait que le monde change. Solidaire des luttes, elle fut un des piliers marseillais de l’association « Action contre le chômage ».

A soixante et onze ans, la militante a été vaincue par la maladie. Cent, deux cents personnes se sont rassemblées pour un au revoir, au dépositoire de l’hôpital de la Timone.

Mais là non plus, cette femme n’avait pas sa place. Pas chrétienne, pas musulmane, plus juive, aucune salle n’est prévue pour elle et pour les mécréants, dans cet établissement théoriquement laïc de l’assistance publique de Marseille.

Même ici, la laïcité c’est avant tout le respect dû aux religieux. Sarkozy doit être satisfait, lui qui prône un retour du fait religieux au premier plan de la vie politique et sociale du pays.

La cérémonie s’est quand même tenue. La salle du culte chrétien a été squattée. A la demande de la famille, des draps ont été tenus devant un immense crucifix accroché au mur.

Merci pour l’hospitalité!

Pauline Cherki [journaliste honoraire, administratrice du Club de la Presse Provence-Alpes du Sud] »

Laïcité à l’hôpital, l’Assistance publique de Marseille répond

En réaction à la « Parole libre » de Pauline Cherki [jounaliste honoraire, Administratrice du Club de la Presse], titrée « A Marseille, l’hôpital se moque de la laïcité », Monsieur Guy Vallet, Directeur général de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille, a tenu à réaffirmer le principe de laïcité à l’hôpital.

« L’hôpital public est fondamentalement laïque, nous écrit-il, et offre des conditions de soins et d’accueil égales quelles que soient les convictions des personnes qui y sont admises. Le soutien moral est une dimension importante pour l’accompagnement des malades dans la prise en charge de leur pathologie et dans leur soutien lorsqu’ils sont en fin de vie, et c’est pour cette unique raison que des représentants des religions les plus répandues en France interviennent à l’hôpital.

Affirmer que l’hôpital de la Timone est en contradiction avec le principe de laïcité est une contre-vérité qui repose sur une appréciation émotionnelle.  »

« Les différents cultes représentés à la Timone se sont partagé l’espace disponible pour les cérémonies organisées en faveur des défunts, en bonne intelligence et dans l’intérêt des familles. Les capacités d’accueil des espaces destinés aux cérémonies sont limitées et ne sauraient en aucun cas se substituer aux lieux de cultes consacrés hors les murs de l’hôpital. Toutes les sensibilités, religieuses et philosophiques, ne peuvent toutefois être représentées. Il n’en demeure pas moins que les espaces disponibles sont accessibles à tous, sans aucune distinction d’appartenance ; il suffit d’en faire la demande auprès de la direction de l’hôpital. »

« Il existe 4 salons de présentation des corps où les familles peuvent se recueillir. Ces salons neutres, uniquement décorés de fleurs artificielles, ne peuvent contenir que 8 personnes, 15 pour le plus grand. Toutes les familles qui ont pu dire au revoir à des êtres chers, dans le respect de leurs convictions, fussent-elles religieuses ou agnostiques, ne partagent certainement pas un jugement qui ne tient pas compte de la réalité sociale et des difficultés matérielles d’organisation dont l’hôpital est tributaire. »

« Le personnel de la chambre mortuaire ne ménage pas ses efforts et son dévouement pour respecter au mieux les souhaits des familles. L’AP-HM regrette que dans le cas évoqué par Mme Cherki, les proches de la défunte aient eu une expérience douloureuse qui ne saurait à elle seule remettre en question les principes intangibles de la laïcité à l’hôpital. »

Commentaire de la Rédaction du Club de la Presse Provence-Alpes du Sud

« Nous donnons bien volontiers acte à Monsieur Vallet du dévouement du personnel de l’hôpital, de même que nous convenons, avec lui, qu’aménager des espaces dédiés aux religions dominantes peut s’inscrire dans une démarche libérale et démocratique.
Mais pourquoi réserver les plus grandes salles aux cultes qui privatisent et revendiquent les lieux avec des inscriptions et des signes religieux inamovibles ?
N’aurait-on pu, au moins, prévoir qu’ils puissent être remisés ou masqués ? On nous indique que de petites salles neutres, pouvant accueillir de huit à quinze personnes, sont à la disposition des familles des incroyants.
Faut-il comprendre, alors, que ces gens-là sont des asociaux qui n’ont pas pour usage d’accompagner collectivement leurs morts ? La laïcité suppose, certes, le respect de celui qui croit en Dieu… mais aussi de celui qui n’y croit pas.